Olivier CLYNCKEMAILLIE Conservateur du Musée des Beaux-Arts de Mouscron 7 février 2003
Extrait s de "Au cœur de la " Nef des fous" Des points d’accroche qui attirent et l’œil et la main pour chanter en trois dimensions le cœur d’un monde riche de mélanges, pétri de folklore, de mythes, de religions, de quotidien aussi; un matériau immaculé, vierge de toute contrainte mais jonché de routes sinueuse, escarpées et à la fois sensuelles, pour décrire le fil de mille vies ; un univers de géants aux membres allongés, taciturnes et stridents en même temps, porteurs d’une mémoire collective, patchworks du cosmos… Si les ailleurs de John Bulteel interpellent, c’est qu’ils sont pleins de cris un tant soit peu étouffés et attendent la confrontation avec les hommes d’aujourd’hui pour libérer leurs secrets. Les personnages de plâtre gaché sur des structures alvéolaires évoquent alors cette formidable ruche au sein de laquelle les mortels s’animent en quête d’éternité. Si John Bulteel a choisi le plâtre plutôt que le marbre ou la pierre, c’est parce que sa fougue créatrice lui intime de montrer l’homme en y incluant chacune de ses facettes. L’aspect lisse, par trop académique et classique, ne l’intéresse pas. A l’image de la vérité, les figurants, sorte d’encyclopédie des passions humaines, sont présentés avec leurs joies et leurs attentes, mais également dans leur imperfection. Qui peut se gausser d’être sans défaut.
En outre, John Bulteel sait allier ses passions et propose des œuvres où peinture, gravure et sculptures s’épousent pour ne former qu’un, au sein de petits comme de grands formats.Avec beaucoup d’humour, il s’amuse à détricoter les aspects trop sérieux des mythes et légendes pour en livrer une version où la psychologie freudienne rencontre la plume gauloise de Rabelais. Des réalisations comme "Blanche-Neige n’était pas une vraie blonde", "Le Petit Chaperon Rouge a grandi", "Les plaisirs du roi" ou encore "Satyre et jeune fille" en témoignent. Constitués d’un lit de plâtre gravé et coloré reposant sur une âme de bois ,ces pièces se découvrent comme surgies d’un tiroir aux secrets, comme si l’enfant, fasciné par ces histoires aux parfums anodins, avait perçé le voile de l’inconscient pour être plongé devant une réalité aux allures éroticomiques. Car l’art de John Bulteel est tout sauf un hymne à la tristesse. Même dans l’apparent silence de ses sculptures aux lignes longiformes, mille éclats de rire, mille liesses populaires, breugeliennes même, s’y sont cristallisées . Son travail en acquiert dès lors une dimension archéologique, dépositrice d’une certaine forme de mémoire collective que le passant a tout loisir d’exhumer pour autant qu’il prenne le temps de se souvenir de ses rêves d’enfant et des expériences de sa vie….........
........Qu’il travaille le pastel, le plâtre ou le métal, John Bulteel a réussi la gageüre de synthétiser toutes les composantes de sa culture intime, entre expressionnisme, fêtes populaires, gauloiseries et scènes de genre.Son art est en quelque sorte, et sans tricherie, une expression des rythmes profonds de l’existence de tout homme, là où le jardin des délices résonne des mille chœurs de la nef des fous…